Le billet nécrologique d'Alceste
Georges 1
Homo liber de nulla re minus quam de morte cogitat, et ejus sapientia non mortis, sed vitae meditatio est 2. Baruch Spinoza. L'Éthique
Une fois de plus, l'inexorable faux de la camarde vient de nous ravir un être cher. Un ami tellement présent au fil des ans à notre table des habitués, si bien dénommée dans notre patois local : « de Staminee ». Un compagnon, non de beuverie, mais celui des affinités électives à la manière de Goethe qu'il aimait tout comme ses compagnons du vendredi soir.
L'évoquer, en parler, c'est déjà devoir employer le passé : un temps qui nous parle de la mort, de la disparition et de la fuite devant la douloureuse réalité tellement présente de son incontestable et réelle disparition. Un temps gros et lourd de chagrins de la perte irrémédiable de ce que nos amis hebdomadaires ne connaîtront plus : sa présence chaleureuse et ses propos enrichissants.
En lui, il y avait le sage cultivé et tant quelque peu épicurien qui savait goûter à la vie. Il en était le témoignage vivant. Mais au-delà de cette image, il y avait l'humaniste engagé au service des idéaux des Lumières. Discret, effacé diront certains, il militait et n'hésitait pas à traduire cet engagement au service de ces nobles causes dans ses chroniques dans notre journal hebdomadaire et satirique et en se camouflant sous un nom emprunté au beau sexe.
Une manière discrète de ne pas se mettre en avant qui est si souvent un défaut de tant de nos pseudo-littérateurs à la petite semaine. Un personnage qui savait rendre à chacun ce qui lui était dû et chérissait sans jalousie le talent ou les textes des autres. Jamais avare de montrer son enthousiasme, il préférait encourager que blâmer ses concurrents dans la caste des littérateurs.
Il était de ses êtres sur lesquels on pouvait se reposer et en qui on avait d'emblée confiance. Rien n'était en lui offensif et dissuasif. Bien au contraire, il inspirait une confiance totale et discrètement il assumait son devoir de participer ou d'aider les causes humanitaires. Aussi, n'est-il pas étonnant que nous nous retrouvions avec lui au sein d'associations dont les buts sont de défendre la démocratie et la laïcité.
Nous ne lui reprocherons pas de nous avoir fait faux bond malgré lui et de ne plus être présent à nos prochaines rencontres. Nous le rassurerons après coup en lui faisant silencieusement savoir par notre attitude concernée et grave qu'il nous manquera terriblement et douloureusement. Ce sera une sorte d'hommage à sa vie et à sa disparition de notre horizon. Une vie, qui va et s'en vient, aurait-il approuvé avec un sourire en coin pour cacher son émotion.
Ainsi, cher Georges, nous te pardonnerons ce manque de savoir-vivre sachant que la mort nous attend tous au tournant. Dommage, qu'elle ait été bien trop tôt au rendez-vous pour toi, nous laissant orphelins avec un cœur gros comme ça !
Alceste au nom de tes amis du vendredi
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1 Georges Penning, professeur e.r.
2 L'homme libre ne pense à rien moins qu'à la mort, et sa sagesse est une méditation, non de la mort, mais de la vie.
Ce texte de Théodore Pescatore a été publié dans le quotidien "Lëtzebuerger Journal" et est reproduit ici avec l'aimable autorisation de l'auteur.
C.B. [26/07/2003]
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