Immigration :
controverses, principes libéraux et anti-esclavagisme moderne

Par
Ken Schoolland
[1]

En affectueux souvenir de Frédéric Bastiat pour cette célébration du 200ème anniversaire de sa naissance, permettez moi d'aborder ce sujet d'une manière que Bastiat aurait appréciée -- avec une parodie. Un des essais les plus fameux de Bastiat est celui des marchands de chandelles qui voulaient bannir lumière et chaleur provenant du soleil afin de protéger l'industrie locale. Pourquoi ne pas protéger le travail de la même manière ?


Pétition des marchands de chandelles, deuxième partie

De la part des fabricants de chandelles, bougies, lanternes, réverbères, éteignoirs et mouchettes, et des producteurs de suif, pétrole, résine, alcool et plus généralement tout ce qui est lié avec le travail.

À Messieurs les Membres de la Chambre des Députés.

Messieurs :

Nous subissons l'intolérable concurrence de rivaux qui travaillent apparemment de manière si supérieure qu'ils inondent notre marché à grande vitesse et avec des prix incroyablement bas. Dès qu'ils commencent à travailler, notre travail s'arrête, tous les consommateurs se tournent ver eux, et une branche du travail français dont les ramifications sont innombrables est tout à coup frappée de la stagnation la plus complète. Ces rivaux apparaissent partout autour de nous ; ils ne sont autres que les millions de nouveaux-nés, des enfants nés parmi nous, et qui sont destinés à prendre nos emplois et nos activités.

Nous demandons qu'il vous plaise de faire une loi qui ordonne la fermeture de toutes les issues par lesquelles ils pourraient entrer pour détruire nos moyens d'existence -- en bref de sceller toutes les entrailles et de surveiller ces passages grâce à l'embauche de toutes les gardes et patrouilles nécessaires.

Veuillez, messieurs les députés, ne pas prendre notre demande pour une satire, et de ne pas la repousser sans écouter les raisons que nous avons à faire valoir à l'appui.

Et d'abord, autant que possible, si vous fermez tous les accès aux naissances naturelles, et par là, créez un plus grand besoin au profit des travailleurs existants, quel ouvrier travaillant actuellement en France ne se sentira finalement encouragé ? Nous verrions sûrement croître une demande de main-d'œuvre telle que les travailleurs obtiendront des retraites accrues, bien au-delà de leur centième année !

Vous serez d'accord certainement sur la saignée que ces nouveaux-nés infligent aux énergies créatrices de notre société. Ils arrivent dans notre pays sans la moindre notion de nos coutumes ou de notre langue. Ces enfants sont, en outre, dépourvus de toute politesse ou même du moindre rudiment de bonnes manières.

Ces nouveaux-arrivants n'ont aucune compétence, ils ne peuvent subvenir d'aucune manière à leurs besoins, et, qui plus est, il est absolument certain qu'ils seront une charge pour nos ressources nationales et culturelles, pendant une vingtaine d'années, avant de pouvoir rembourser la société sous une forme quelconque.

Nous prévoyons vos objections, Messieurs; mais il n'y en a pas une que vous n'ayez trouvé dans les vieux livres usés des avocats de la liberté commerciale. Allez-vous dire que le travail de ces nouveaux venus est un don gratuit de la Nature, et que le rejet de tels dons serait le rejet de la richesse elle-même, sous prétexte d'encourager les moyens de l'acquérir ?

Mais si vous prenez cette position, vous portez un coup mortel à votre propre politique ; rappelez-vous que vous avez toujours, jusqu'à présent, exclu les travailleurs étrangers pour des raisons semblables.


Le collectivisme de l'État-Nation

En écrivant sa fameuse « Pétition des Fabricants de chandelles », Frédéric Bastiat ne traite pas directement du problème de l'immigration. Mais il parle des problèmes de la liberté et des raisons invoquées par les protectionnistes, intérêts particuliers qui utilisent la loi pour confisquer les liberté de certains afin d'en tirer profit pour eux-mêmes.

Par ailleurs, Bastiat était un partisan indéfectible de la liberté. Comme Jacques de Guénin a dit de lui au congrès de la Société Libertarienne Internationale à Oslo, à l'automne dernier : « si nous considérons le Libertarianisme comme la forme moderne, cohérente, globale et radicale du libéralisme, Bastiat est probablement le premier Libertarien authentique ».

Pendant cette conférence, de Guénin a rappelé la position de Bastiat au sujet des réfugiés polonais qui avaient fui la persécution mais qui étaient harcelés et déportés par les autorités françaises. Bastiat écrivait :

« ...le vœu le plus ardent que puisse former un proscrit, après celui de voir cesser son exil, est sans doute de se livrer à quelque travail, de se créer quelques ressources par l'industrie. Mais pour cela il faut pouvoir choisir le lieu de sa résidence ; il faut que ceux qui pourraient se rendre utiles dans des maisons de commerce résident dans des villes commerciales, que ceux qui ont une aptitude pour quelque industrie manufacturière puissent s'approcher des pays de fabrique, que ceux qui ont quelques talents habitent les villes où les beaux-arts sont encouragés. Il faut encore qu'ils ne puissent pas être expulsés du soir au lendemain, et que le glaive de l'arbitraire ne soit pas constamment suspendu sur leur tête. » -- Texte présenté par Jacques de Guénin à la réunion de la « Libertarian International » Society tenue à Oslo le 30 Septembre 2000

L'immigration reste un des problèmes les plus controversés du libéralisme radical actuellement. L'immigration est le mouvement de gens allant d'un endroit à un autre au travers des lignes de démarcations territoriales entre États-Nations. Personnellement, je considère avec beaucoup de suspicion ces lignes tracées sur les cartes géopolitiques. Ces tracés varient à la suite de guerres de conquêtes, lorsque des accords sont pris suivant lesquels on échange des habitants et des propriétés comme si tout ceci appartenait aux élites politiques, et ces tracés servent à légitimer le collectivisme dans ses formes les plus virulentes.

Ces lignes n'existent pas seulement sur les cartes. Elles existent aussi dans la mentalité de la plupart des gens dans le monde, « Nous contre Les Autres », leur donnant un sentiment de supériorité personnel et culturel, et une identification avec les politiques et les pratiques de leurs dirigeants. Le plus grand bénéfice actuel de ces tracés, autant que je puisse le voir, est de fournir aux peuples du monde un moyen pour tenir à l'écart les gouvernements les plus oppressifs.

Mais, il est intéressant de remarquer que ces tracés ne sont pas des obstacles aux mouvements des dirigeants les plus tyranniques. Les leaders politiques peuvent, et ils le font, aller pratiquement partout, souvent en grande pompe et avec un grand luxe, aux frais des contribuables des États-Nations hôtes.

Quand on aborde la discussion de la déportation de criminels, il est rare que quelqu'un parle des plus grands criminels de tous : les chefs d'États-Tyrans. Par contre, ces tracés servent de fils de fer barbelé contre l'évasion vers la liberté des victimes politiques les plus opprimées.

L'Émigration

Depuis mon exposé sur les migrations au congrès Mondial de l'ISIL au Costa-Rica il y a deux ans, on m'a demandé de clarifier certaines points controversés autour du sujet de la migration. Commençons donc par l'examen de l'émigration, c'est à dire des personnes quittant un pays.

Au cours de ma recherche sur ce sujet, je fus étonné d'apprendre qu'il y a un pays qui dépasse les autres dans ce domaine, et qui tolère un niveau extraordinaire de départs ! D'une manière incroyable, cet État-Nation autorise quatre à dix millions de ses citoyens d'aller et de résider à l'étranger. Vous m'avez bien entendu, quatre à dix millions de ses citoyens vivent hors de ses frontières. Je suppose que c'est un des plus grands nombres parmi ceux de tous les États-Nations du monde.

Ces gens fuient leur pays pour des raisons économiques et politiques variées. Quelques individus du monde criminel ou du monde politique échappent ainsi à leur gouvernement qui les mettrait en prison pour des délits allant du trafic de drogue à l'évasion fiscale.

Mais la majorité de ces migrants partent à l'étranger simplement pour améliorer leur condition économique. Parfois, peut-être, confient-ils l'épargne accumulée pendant toute une vie à des intermédiaires astucieux qui organisent leur voyage dans des compartiments bien clos à travers des déserts torrides et des mers infestés de requins ?

Cette invasion en pays étrangers a amené des déplacements de population considérables, des transferts de gens qui font sans aucun doute un travail que la population locale aurait pu faire. La plupart de ces nouveaux arrivants connaissent mal la langue, les mœurs et les coutumes de leur nouveau pays et ils se cramponnent obstinément à la langue, aux habitudes et à la manière de manger de leur Ancien Monde -- s'agglutinant typiquement dans le monde entier ..... autour des McDonald.

Leurs familles se concentrent fréquemment dans des enclaves ethniques isolées car ils répugnent à se mêler avec les indigènes. En vérité, leurs préoccupations principales sont d'envoyer de l'argent au pays et de s'organiser pour faire venir des membres de leurs familles.

Ils gardent des liens solides avec leur mère-patrie et leur loyauté vis-à-vis de leur nouveau pays d'adoption est toujours suspecte. Pis encore, ces nouveaux-venus parasitent les services et les équipements mis en place par des générations et des générations de contribuables qui ont construit les infrastructures bien avant leur arrivée.

Et pourtant il est rare que quelqu'un proteste devant cette émigration de quatre à dix millions d'hommes d'affaires et de leurs familles depuis ..... les États-Unis d'Amérique. Pourquoi ?

C'est que ce mouvement des Américains vers l'étranger est perçu généralement comme un avantage économique pour les États-Nations qui les reçoivent. On les courtisent ouvertement. En fait, les gens des pays les plus développés d'Amérique, d'Asie et d'Europe entendent être autorisés à voyager dans le monde à leur gré, comme nous ici, mais ils sont moins prêts à accepter des gens en provenance des pays voisins plus pauvres.

Contribution Économique

Je soupçonne que la raison de ce rejet de personnes venant de certains États-Nations et pas d'autres, a beaucoup à voir avec des attitudes de snobisme vis-à-vis de leur ethnie, de leur statut et de leur richesse, et très peu pour des raisons économiques.

Les questions économiques ont déjà reçu une réponse à travers le brillant ouvrage de Julian Simon [2]. L'arrivée de gens pauvres ruine-t-elle la santé économique d'une nation ? D'après Simon, les immigrants apportent d'extraordinaires bénéfices à la nation-hôte. Dans une étude très complète des travaux de recherche sur l'immigration aux USA, il constate que la plupart des immigrants arrivent alors qu'ils sont dans leurs années les plus productives.

Globalement, les nouveaux immigrants ont un an de formation en moins sur le plan de l'éducation, par rapport à la moyenne américaine, mais leurs enfants sont extrêmement motivés et réussissent mieux à l'école que les Américains de souche. Les immigrés ont également une plus grande proportion de diplômés de haut niveau, et spécialement dans les disciplines hautement productives de science et de technique.

Les immigrés, même ceux venant des pays les plus pauvres, sont plus robustes, en général, que la population américaine de même age. La cohésion familiale, combinée avec une tradition où l'on travaille dur, est plus forte. Simon rend compte aussi de quatorze études séparées qui concluent que les immigrants ne sont pas cause de chômage chez les populations locales, même dans les catégories très sensibles des groupes américains à bas salaires, peu qualifiés, ou même dans les groupes éduqués, ou bien encore dans les minorités. Un ensemble de douze autres études montrent que les immigrants n'ont pas d'effet négatif sur le niveau de salaire.

Simon tire de l'examen de ces recherches la conclusion que, quand ils ne sont pas empêchés de travailler par des lois anti-travail, les immigrés paient plus en impôts que ce qu'ils reçoivent en aides sociales gouvernementales. Enfin, au fil des ans, les revenus des immigrants dépassent ceux des catégories comparables de la population autochtone.

Si cela est, pourquoi donc ne sont-ils pas traités comme le sel de la terre ? Pourquoi les politiciens ne rivalisent-ils pas dans une compétition à l'échelle du monde, pour attirer cette précieuse ressource humaine vers leurs pays, de la même manière qu'ils se battent pour attirer les investissements en capital, produit de tout travail humain ? Pourquoi les immigrants ne sont-ils pas considérés comme une source d'inspiration -- comme le furent d'autres immigrants aux USA: Ludwig von Mises, Friedrich Hayek et Ayn Rand ?

La barrière de l'aide sociale

Un des arguments les plus fréquents contre l'ouverture des frontières est qu'elle augmenterait le poids des charges sociales de l'État, et que les innocents contribuables seraient amenés à payer pour les immigrants paresseux.

Immigrants paresseux ? Les étudiants qui suivent mes cours de Finances et Commerce Internationaux s'amusent toujours de cette notion d'« immigrants paresseux ». Je leur demande de s'imaginer chef d'entreprise, ayant à choisir entre deux candidats. La seule chose qu'ils en connaîtraient serait que l'un est Américain, l'autre immigré. Lequel des deux serait probablement le plus travailleur ? Ils me disent toujours, toujours et toujours que c'est l'immigrant qui serait certainement le plus travailleur.

S'il est logique pour des raisons économiques d'expulser quelqu'un afin qu'il ne devienne pas dépendant du système de Sécurité Sociale, il serait plus indiqué d'expulser des Américains ayant des allocations plutôt que des immigrants. Mais personne ne propose cela. Pourquoi ?

Les Américains proclament fièrement chaque 4 Juillet « que tous les hommes sont créés égaux, qu'ils ont reçus de leur Créateur certains Droits inaliénables, dont le Droit à la Vie, à la Liberté, et à la Recherche du Bonheur. » Cependant les citoyens américains sont supposés avoir le Droit d'être aux USA, mais pas les immigrants. C'est d'autant plus étrange que tout Américain, ou ses ancêtres, ont été jadis eux-mêmes des immigrants.

Remarquez le contrôle étatique inhérent à la logique circulaire de ceux qui déclarent :

« Les nouveaux-venus ne peuvent entrer car l'État pourrait nous obliger tous à payer le coût potentiel de leur Protection Sociale. »

C'est la même logique circulaire qui est utilisée pour contrôler tout ce que nous faisons, comme par exemple:

« Les citoyens ne doivent pas fumer de cigarettes ou de la marijuana, parce que l'État pourrait nous obliger tous à payer les coûts médicaux potentiels de leurs maladies. »
« Les citoyens ne peuvent pas garder un enfant hors des écoles publiques car l'État pourrait nous obliger tous à payer les coûts potentiels de chômage dus à leur formation inadaptée. »
«  Les citoyens ne peuvent pas retenir leurs contributions au Système de Sécurité Sociale, car l'État pourrait nous obliger tous à payer le coût potentiel des retraites insuffisamment constituées. »

Et finalement

« Les citoyens ne sont pas autorisés à avoir des enfants car l'État pourrait nous obliger tous à payer les frais potentiels nécessaires pour les nourrir ».

Si l'on accepte cette logique politique, alors le Droit à toute action en tant qu'individu est abandonné à l'État.

De nombreux partisans du Marché Libre combattent pour la liberté individuelle, dans pratiquement tous les aspects de l'économie excepté l'immigration. Ils acceptent peut-être l'immigration théoriquement, mais seulement après que toute forme de Protection Sociale ait été abolie en théorie. Ce qui en réalité veut dire : « Pas tant que je serai vivant. »

Ce fut la thèse de mon grand homme, un champion de la liberté, l'économiste Milton Friedmann, à la Conférence du Costa Rica. Ses propres parents avaient émigré aux États-Unis il y a des années, mais il prétendait que c'était différent de nos jours à cause du système de Sécurité Sociale qui existe.

Si nous croyons sincèrement en la responsabilité personnelle pour les actions individuelles, alors nous devons demander des comptes aux politiciens pour ce système, et non pas à d'innocents immigrants qui n'ont rien à dire dans cette politique. Ce serait aussi illogique que de demander des comptes à un réfugié pour la tyrannie d'un dictateur qui l'a fait fuir son pays.

Considérant le côté pratique, Julian Simon affirme qu'il est faux de penser que les immigrés, en tant que groupe, soient une charge sociale pour le contribuable. Les immigrés apportent une telle contribution à la bonne santé économique du pays, paient plus au système de couverture sociale qu'ils n'en retirent de bénéfices, si bien que la pérennité des avantages sociaux pour les citoyens pourrait bien dépendre de leurs apports.

C'est spécialement vrai dans des États-Nations comme le Japon et les USA, qui ont de plus en plus de mal à maintenir un régime de services sociaux en charge d'une population qui n'arrive pas à suivre. Il serait plus logique de dire que les immigrés, contribuables et producteurs de richesse, apportent la dernière lueur d'espoir au soutien du système de protection sociale des citoyens âgés, qui va vers la faillite. Sans les immigrés, la protection sociale d'État s'écroulerait plus tôt.

Délabrement du système de protection sociale

Milton Friedman a-t-il raison en supposant que l'immigration est causée par l'existence d'un Système de Sécurité Sociale ? Les faits montrent que c'est le contraire qui est vrai.

On peut le prouver grâce à l'exemple des migrations à l'intérieur des USA, entre 50 États, là où il n'y a pas de police des frontières et pratiquement pas de barrière de langue et de culture. Les gens se déplacent-ils entre États pour trouver une meilleure protection sociale ? Non ! Exactement l'inverse.

Les États qui offrent le plus de protection ont le plus de départs. Les États qui en ont le moins ont le plus d'arrivées.

Prenez par exemple mon État, Hawaï. C'est l'état le plus socialisant d'Amérique, avec les avantages sociaux les plus généreux des 50 États. D'après Michael Tanner et Stephen Moore du « Cato Institute » [3], les six allocations de base à Hawaï (6 parmi 77 programmes possibles) pourraient offrir à une mère et ses deux enfants l'équivalent d'un revenu annuel avant impôt de 36000$, ou un salaire de 17.50$ de l'heure. Cela fait beaucoup d'argent qui, d'après la « théorie de l'aimant social » aurait dû attirer toutes les mamans en quête d'avantages sociaux.

Il n'en est rien. D'après le recensement de la décade 1990, Hawaï a subi une émigration interne nette de 9% de sa population vers d'autres États américains. En fait, tous les États dans la fourchette haute des avantages sociaux (Hawaï, Alaska, Massachusetts, Connecticut et le District de Columbia) ont subi la même émigration vers d'autres États.

Hawaï a un climat idéal, des plages fabuleuses, une population sympathique, mais l'économie est en déclin. En fait, c'est le seul État de notre pays qui a eu une croissance négative sur cette période de dix ans. Ce n'est guère étonnant, puisqu'il a été cité régulièrement comme le N°1 des Enfers Fiscaux du pays par le magazine Money.

L'Assemblée de l'État pense devoir augmenter les impôts pour alimenter la Sécurité Sociale, et en accroissant le fardeau fiscal elle fait fuir les gens. Même chose pour le N°2 de la protection sociale, l'Alaska, qui a le deuxième rang en terme de croissance basse aux USA pour cette décade.

Comparez ceci avec les États qui offrent peu de protection sociale. Le Mississipi donne seulement le tiers des bénéfices sociaux d'Hawaï. En fait, le salaire médian d'un travailleur du Mississipi est de 6000$ inférieur à ce qu'une famille peut obtenir du système de protection sociale d'Hawaï. Tous les gens quittent-ils le Mississipi pour Hawaï, le pays de Cocagne ?

Il se passe exactement le contraire. En réalité, les cinq États au bas de la liste des avantages sociaux (Mississipi, Alabama, Arkansas, Tennessee et Arizona) voient arriver un afflux de population venant d'autres États. Les déserts de l'Arizona et du Nevada, avec leur niveau d'imposition parmi les plus bas, sont les États du pays qui ont le plus progressé.

Il n'y a aucun doute à ce sujet. L'immigration est déclenchée par les perspectives d'activité et non par la protection sociale. Bien entendu on peut trouver des exceptions chez des personnes de haut niveau de revenu, mais en général les gens qui sont trop paresseux pour travailler sont aussi trop paresseux pour quitter leur environnement habituel. C'est en général vrai à l'intérieur d'une nation, et encore plus entre des nations séparées par des frontières. Ce sont les courageux du monde qui sont les plus susceptibles de risquer tout pour aller dans un pays nouveau et potentiellement hostile, où la langue, les coutumes, la population, tout, leur sont étrangers.

Salaire horaire équivalent
aux aides sociales (en $, 1995)
Solde migratoire interne
(% de différence, 1990-1999)
Les 5 États à plus fortes aides sociales
Hawaii 17.50 - 9
Alaska 15.48 - 4
Massachusetts 14.66 - 4
Connecticut 14.23 - 7
Washington D.C. 13.99 - 4
Les 5 États à plus basses aides sociales
Arizona 6.78 +16
Tennessee 6.59 + 7
Arkansas 6.35 + 5
Alabama 6.25 + 3
Mississippi 5.53 + 2
Source: Cato Institute Bureau du Recensement

Protection sociale pour tyrans et sociétés anonymes

Il y a d'autres formes de Sécurité Sociale qui contribuent aussi puissamment à l'émigration. Celles destinées aux tyrans et aux compagnies.

Le contribuable américain a été contraint de fournir une protection sociale à une cohorte absolument sordide de brigands depuis des décades : depuis Duvalier, Mobutu, Marcos jusqu'à Pahlavi, Noriega, Suharto et même Saddam Hussein qui reçut 4 milliards de dollars.

Le Centre pour l'Information sur la Défense [4] nous apprend que les USA vendent des armes aux élites politiques dans 150 États-Nations, dont les 4/5 ne sont pas des démocraties. Les deux tiers d'entre eux sont notés au Ministère des Affaires Etrangères US comme ayant des gouvernements enfreignant les Droits de l'Homme.

Depuis la fin de la Guerre Froide et le début des guerres de la drogue, la part des USA dans le marché des armes est montée à 70% [5], et la plupart de ces armes sont payées, directement ou indirectement, par le contribuable américain. Ceci a certainement contribué à la multiplication par dix des réfugiés pendant les récentes décennies.

Une autre forme de Sécurité Sociale entraîne directement l'immigration. C'est l'aide sociale accordée aux sociétés connue sous le nom de « Protectionnisme ». A cause des barrières commerciales, on interdit aux consommateurs américains, japonais et européens d'acheter des produits que des travailleurs et des entrepreneurs étrangers veulent produire.

Des centaines de milliards de dollars ainsi gagnés pourraient apporter la prospérité à tous ces gens dans leur patrie. Mais ces recettes sont bloquées par le protectionnisme-sécurité-sociale.

C'est particulièrement le cas en agriculture et dans l'industrie textile qui sont des secteurs bien adaptés au développement du Tiers-Monde, mais où celui-ci se heurte à des barrières commerciales extrêmement élevées. Le magazine « The Economist » rendant compte du niveau des barrières commerciales dans le seul secteur agricole, écrit : «  si les pays riches supprimaient les subventions..... les pays pauvres recevraient plus de trois fois le montant des aides au développement qui leur est donné chaque année. » [6]

Les immigrants sont moins attirés hors de leur patrie par la perspective d'avantages sociaux généreux, qu'ils ne sont poussés loin de chez eux par l'aide aux tyrans et aux grosses sociétés. Les contribuables dans les États-Nations riches sont-ils prêts à accepter cette responsabilité ?

Immigration en situation de crise

Quand les gens pensent à l'ouverture des frontières, ils imaginent des foules de gens dans leur salle à manger ou leur jardin. Dans des moments de crise, cela peut effectivement arriver.

Une des participantes à notre congrès a vécu cette situation dans les années récentes. Kozeta Cuadari, Albanaise, a accueilli des douzaines de réfugiés chez elle, les nourrissant et les soignant à ses frais pendant la guerre du Kosovo.

Pour moi, Kozeta est une grande héroïne humanitaire. Et je trouve qu'il y a eu une piquante ironie dans le fait qu'un fonctionnaire, retranché dans son petit bureau, a eu l'autorité de refuser son visa d'entrée en France, nécessaire à sa participation à notre congrès.

Je crois que la plupart d'entre nous, ainsi que des millions d'autres personnes agissant indépendamment, ou à travers des églises, des organisations charitables ou philanthropiques, sommes prêts à nous dépenser en cas de crise. Et nous sommes d'autant plus prêts à le faire que nous sommes proches des gens en difficulté. Mais les gouvernements s'emploient à nous masquer ces détresses, gardant ces réfugiés loin de nous, hors de vue, là où leurs souffrances sont invisibles.

Bien, parfait , voilà pour les temps de crise ! Mais que faire des immigrants en dehors de ces périodes ? Où va-t-on les fourrer ? Dans quel espace ?

Y a-t-il assez d'espace ?

On connaît Hong-Kong comme l'un des endroits les plus bondés à la surface de la terre avec 17.500 habitants par mile carré (6800 hab/km2). Cependant, peu de gens sont conscients que la densité humaine et les conditions de vie qui lui sont liées, le sont parce que 40% des terrains sont réservés par le gouvernement aux parcs publics, où les gens n'ont pas le droit d'habiter !

Même chose à Hawaï. Il n'y a pas de pénurie de terrain, mais il y a un manque d'autorisation d'usage par les politiques. Dans tout l'Archipel hawaïen, seuls 4% des terres peuvent être utilisés pour un usage de commerce ou d'habitation par décision du gouvernement. Il y aurait plein d'espace pour accueillir des nouveaux-venus sur ces petites îles du Pacifique si seulement il voulait bien ne pas s'en mêler.

En fait, si les citoyens d'Hawaï étaient d'accord pour accepter une densité d'un tiers de celle d'Hong Kong, tous les réfugiés du monde existant actuellement pourraient vivre sur l'Archipel hawaïen, même en réservant 40% des terres comme parcs publics. Si ces gens étaient autorisés à cultiver les zones des ex-plantations de sucre qui furent abandonnées parce que les sociétés américaines n'étaient pas compétitives, il ne fait aucun doute que les actifs nouveaux-venus chinois, vietnamiens et philippins apporteraient l'abondance à ces terres sans un sou de subvention gouvernementale.

Hong Kong appartient désormais à la République Populaire de Chine, et est encore classé comme l'économie la plus libre du monde. Ainsi, Hong Kong, ville passionnante et vibrante, continue à se développer.

Mais les Américains préfèrent-ils les grands espaces aux villes ? Ont-ils besoin de panoramas agrestes et de grands espaces entre eux et leurs semblables ? Pour certains, oui. Les deux modes de vie existent de plus en plus.

En gros, les Américains, comme la plupart des gens dans le monde, préfèrent vivre et travailler dans les villes ou les banlieues. C'est là où se passent les choses. Ceci explique pourquoi, dans la décennie 1990, la population de l'État de New-York a diminué alors que celle de la métropole de New York augmente. De même, la population autochtone de l'État de Californie a diminué alors que celle de Los Angeles augmentait. En conséquence, l'espace est de plus en plus grand à la campagne alors que l'activité s'accroît dans les villes surpeuplées.

Quand il y a des problèmes dans ces villes, ce n'est pas à cause de l'importance de la population, mais c'est parce que les gouvernements ont failli en ne fournissant pas les services élémentaires que les politiciens ont promis. Un marché libre peut régler ce type de problèmes là où les gouvernements échouent.

Comme peuvent l'affirmer tous ceux qui ont survolé les États-Unis, la population est très concentrée dans certaines régions. On peut voler pendant des heures au-dessus de vastes étendues qui sont pratiquement inhabitées. Or, les régions les plus désolées deviennent accueillantes quand la loi autorise leur libre usage.

Par exemple, la destination touristique N° 1 des voyages de résidents hawaïens est le désert du Nevada, mais pas pour les grands espaces ouverts: pour les casinos bondés de Las Vegas, là où le jeu est autorisé. La légalisation des jeux de hasard a fait de cette région l'une de celles qui se développent le plus vite dans notre pays.

Le sol des USA, dont 30% appartient à l'État Fédéral, pourrait recevoir au total dix fois la population actuelle, tout en ayant une moindre densité démographique que le Japon. Et si l'on permettait ne serait-ce qu'à 1% de ce total d'entrer aux U.S.A., notre pays pourrait accueillir l'ensemble des réfugiés du monde, en y incluant tous ceux qui ont fui à travers les frontières internationales, mais aussi ceux qui ont été déplacés à l'intérieur de leur pays pour cause de guerres civiles.

Mais quelqu'un les inviterait-il ?

Invitation et exclusion

L'argument « sur invitation seulement » contre l'immigration concerne les droits de propriété. On suggère ici que les immigrants sont des intrus qui violent les droits de propriété des autres. Comment ?

En effet, de la même manière que le propriétaire privé a le droit d'inviter ou d'exclure quelqu'un, on prétend que la propriété gouvernementale doit être gérée de la même manière, comme si elle appartenait aux fonctionnaires agissant pour le compte de citoyens.

Les libéraux peuvent être enclins à écarter d'un revers de main cette notion collectiviste, en disant que la propriété gouvernementale à vocation à être privatisée ou concédée. Mais on dira que cela n'est pas réaliste.

La propriété gouvernementale ne sera pas privatisée dans un proche avenir, nous dit-on, aussi soyons « réaliste » dans la gestion des infrastructures et des services fournis par le gouvernement, de manière à ce que les immigrants ne soient pas un fardeau pour les contribuables.

La conclusion de ce type d'argumentation est que les immigrants ne doivent pas être autorisés à passer la frontière d'un État-Nation à moins d'y être personnellement invités par un citoyen qui accepte de prendre l'entière responsabilité des coûts additionnels en services gouvernementaux et en infrastructure. Ainsi, même si le citoyen-hôte ne souhaite nullement que ce soit le gouvernement qui fournisse des choses telles que Sécurité Sociale, autoroutes, trottoirs, bibliothèques, écoles, parcs, lancements de fusées, subventions agricoles et police des frontières, il est quand même obligé de garantir les paiements à la place des nouveaux-venus.

Mon opinion a toujours été que les limites du pouvoir du gouvernement pourraient être déterminées de la meilleure manière par mes droits en tant qu'individu. Ainsi, si j'ai le droit de faire quelque chose, j'ai alors le droit de demander à quelqu'un du gouvernement de le faire à ma place. Mais si je n'ai pas le droit de faire quelque chose, alors je n'ai pas le droit de demander à un fonctionnaire de le faire pour moi.

En conséquence, si je n'ai pas le droit d'interdire à un immigrant de poser le pied sur un trottoir public, je n'ai nullement le droit de demander au gouvernement de faire ce sale travail à ma place. Comment se fait-il alors, que les partisans du « sur invitation uniquement » s'autorisent à demander aux fonctionnaires du gouvernement de faire quelque chose qu'ils n'ont pas le droit de faire eux-mêmes ?

Alors qu'on peut considérer comme « réaliste » d'accepter le niveau actuel de services gouvernementaux et d'infrastructures, ce n'est pas très libéral que de concevoir des moyens pour aider le gouvernement à maintenir et à étendre ces services et ces infrastructures. Et il est certainement irréaliste de déterminer la dette individuelle d'un immigrant pour tous ces projets gouvernementaux, qu'ils soient des « avantages publics » ou bien des « désavantages publics ».

Il est intéressant de remarquer que cette dette individuelle vis-à-vis du gouvernement n'a jamais été appliquée jusqu'ici aux touristes, hommes d'affaires, et universitaires qui se déplacent à des congrès ! On suppose que les touristes, les hommes d'affaires et les universitaires apporteront de la richesse avec eux. On ne le suppose pas quand il s'agit d'immigrants.

Si nous voulons être cohérents envers tous les nouveaux-arrivants, serait-il « réaliste » d'imposer aux touristes, aux hommes d'affaires, aux universitaires les mêmes contraintes ? Imaginer que l'on demande aux Hotels Hilton ou à Disneyland de signer des papiers garantissant leur responsabilité complète pour les services gouvernementaux et les infrastructures qui seraient utilisés par chacun de ces millions de touristes.

Imaginez que l'on demande à Microsoft de signer une telle garantie pour tout client invité à négocier ou acheter des logiciels. Ou bien que le Cercle Frédéric Bastiat ait à signer des garanties pour chaque universitaire invité à ce congrès. Est-ce que c'est être « réaliste » ou bien faire de l'obstruction à la libre circulation des personnes ?

Comme des parents ?

Hans-Hermann Hoppe, lui-même immigré en Amérique, et d'autres qui soutiennent l'idée de l'immigration «sur invitation seulement » disent que ceux qui invitent des immigrants doivent assumer toute la responsabilité des nouveaux-venus, comme les parents sont tenus pour responsables de leurs enfants.

Comme les parents sont tenus pour responsables de leurs enfants ?

Quel pays traite les enfants sur la base du « sur invitation seulement » ? Quel pays exige des parents qu'ils signent un document de garantie avant d'être autorisés à avoir un enfant ? Quel pays exige des parents qu'ils signent un papier les obligeant à rembourser entièrement pendant une période de dix ou vingt ans le coût intégral des délits, de la sécurité sociale, des autoroutes, des trottoirs, des bibliothèques, des écoles, des parcs, des lancements de fusées, des subventions agricoles et de la police des frontières ?

Et que se passe-t-il si les parents ne signent pas ? Que fera l'État si un enfant naît sans papier signé ? Le réexpédier ? Que va faire l'État si les parents ne paient pas le gouvernement parce qu'ils ne veulent pas des services proposés ou qu'ils ne peuvent pas se payer les infra-structures ? Si les parents ne payent pas, les enfants seront-ils renvoyés là d'où ils viennent ?

C'est une idée séduisante de faire assumer aux parents la responsabilité des enfants qu'ils mettent au monde, mais assurément, ce système de responsabilité imposée est beaucoup, beaucoup plus éloigné de la réalité que les idées libérales de suppression de la sécurité sociale et de la privatisation de la propriété de l'État [7].

D'autres manifestations de cette théorie « sur invitation seulement » suggèrent que les nouveaux-venus ne peuvent devenir des citoyens vrais et responsables qu'en étant propriétaires d'un bien immobilier, d'un morceau de terre. De cette manière, dit-on, les nouveaux-venus auraient leur part dans la politique de la nation. Mais ceci entraîne des complications.

Suivant ce système, la majorité actuelle des Américains, sans terre, perdrait leur citoyenneté, ou bien ceci ne s'appliquerait-il qu'aux nouveaux-venus ? Combien de terre serait nécessaire ? Qui le décidera ? Quelques centimètres carrés seront-ils suffisants ?

Si c'est le cas, mes vingt acres dans le Montana pourraient faire de 120 millions de nouveaux-venus de plus grands propriétaires terriens que la plupart des citoyens américains. Je parie que ceci serait une alternative attrayante pour ces gens qui préfèreraient payer 500$ pour un billet d'avion plutôt que de payer 60 000$ pour passer clandestinement au-delà de l'océan dans des containers suffocants. Je les inviterais volontiers et leur vendrais de même ! !

Et que se passerait-il si un citoyen vendait toute sa terre à un nouveau-venu. Le vendeur abandonnerait-il sa citoyenneté ? Devrait-il être question de l'expulser ? Cela voudrait-il dire que quiconque fait faillite ne serait plus la bienvenue et n'aurait plus de droit dans l'État-Nation ?

Non, ce type d'argument oublie le point essentiel, le point libéral. Les immigrés ont les mêmes droits que tous les autres êtres humains. Ils ont le droit de vivre leur vie de la manière qu'ils choisissent du moment qu'ils respectent ces mêmes droits chez les autres. Le simple fait de marcher sur un trottoir public ne constitue pas une agression contre le droit des autres, surtout si c'est une marche vers la liberté.

Ecartez les justifications légales des barrières à l'immigration et, sans aucun doute, des milliers d'employeurs américains offriraient des contrats d'embauche à des millions de travailleurs immigrés. La batterie actuelle de lois qui rend illégal l'embauche d'immigrés en est une preuve suffisante.

Chacune de ces lois est une violation du droit de tout citoyen d'embaucher les travailleurs les meilleurs et les plus productifs. Réfléchissez aux propos de Robert W. Tracinski, un important contributeur a l'Ayn Rand Institute.

« Le principe irrationnel qui est derrière les lois d'immigration de notre nation est qu'un Américain né dans le pays a un « droit » pour un travail particulier, non parce qu'il l'a mérité, mais parce qu'il est né ici. À ce droit, la loi sacrifie le droit de l'employeur d'embaucher les meilleurs employés -- et le droit de l'immigré d'obtenir le travail qu'il mérite. Pour le dire succinctement, l'initiative et la productivité sont sacrifiées à la paresse et l'inertie.

Le rêve américain, c'est essentiellement la liberté de chaque individu de progresser aussi loin que ses qualités le lui permettent. Les opposants à l'immigration, au contraire, veulent répudier cette vision en transformant l'Amérique en une chasse gardée pour ceux qui veulent que la loi réserve des emplois pour eux, des emplois qu'ils ne peuvent gagner loyalement par leurs propres efforts.... Tout immigrant qui veut venir en Amérique pour y trouver une vie meilleure devrait avoir le droit d'entrer, et tout employeur qui veut l'embaucher devrait avoir le droit de le faire. »

http://www.aynrand.org/medialink/immigration.txt

Histoire de l'invitation

C'est un fait que, dans l'histoire des USA, mis à part quelques exceptions horribles, des invitations ont toujours été offertes aux immigrants par des gens qui étaient désireux de les employer. Parmi les exceptions on trouve les Indiens américains qui n'ont pas précisément invité les conquérants européens. Il y a eu aussi les millions de Noirs africains qui résistèrent aux marchands d'esclaves européens et américains.

Mais pour l'essentiel de l'histoire américaine, les gens étaient la bienvenue parce qu'ils offraient une main d'oeuvre non disponible dans ce pays en développement. Le travail des immigrants rendait possible le développement, et les compagnies offrirent des contrats à des milliers de personnes qui travaillaient plus dur, plus longtemps, pour moins cher, à des risques personnels plus grands que ceux qui les avaient précédés. Ils construisirent des chemins de fer à travers des chaînes de montagne et ils installèrent des fermes dans les plaines et les déserts.

En fait, ils travaillèrent jusqu'à ce qu'un gouvernement protectionniste accède aux demandes de groupes de travailleurs américains jaloux qui ne voulaient pas de concurrence. C'est le schéma classique dans l'histoire suivant lequel, une fois que les immigrés sont installés et confortables, ils cherchent des prétextes pour écarter les autres immigrants qui ont encore plus faim et sont encore plus actifs qu'eux.

La première de ces lois renversa cette ouverture américaine en faisant appel à un racisme flagrant et collectif. L'Acte d'Exclusion des Chinois de 1882 fut un document honteux dans un État-Nation qui, deux ans plus tard, fit graver au bas de la Statue de la Liberté,

Donnez-moi vos pauvres, vos fatigués,
Vos masses entassées qui ont soif de liberté,
Les gens rejetés de vos côtes surpeuplées,
Envoyez-moi les sans-abri, les ballottés par les tempêtes.
Près de la porte d'or, je lève mon flambeau au dessus de ma tête! [8]

Tout d'abord ils prirent pour cible les Chinois, ancêtres de ma femme, puis ce furent les Japonais, les Mormons, les Musulmans, et les Catholiques de l'Europe du Sud. Ils bannirent aussi les rebelles politiques. Ironiquement, on peut dire que ces lois contre les rebelles politiques auraient exclu tous les héros à l'origine de la Révolution américaine. C'était le collectivisme, dans toutes ses variations primitives, religieuses et ethniques.

L'embauche de main d'oeuvre immigrée par contrat de travail était interdite, les églises et les associations caritatives n'avaient même pas le droit de payer le passage de réfugiés au désespoir. Et puis il y eut les Juifs.

Les Juifs furent invités en Amérique par leurs cousins, qui se proposaient de les accueillir et de les aider à s'établir et gagner leur vie, ce qui leur aurait même donné la possibilité de combattre la machine de guerre d'Hitler, mais ils furent refoulés. Ils furent refoulés par millions vers les chambres à gaz d'Hitler par une loi, l'Acte sur les Origines Nationales, le système des quotas.

N'oublions pas que fermer la porte de l'intérieur d'un État-Prison a le même effet que de fermer la porte d'un État-Prison de l'extérieur. Dans les deux cas, on empêche l'évasion. Dans les deux cas on collabore avec les tyrans contre leurs victimes.

L'esclavage sous un autre nom est toujours de l'esclavage

Cela continue aujourd'hui avec les Iraquiens, les Birmans, les Soudanais et les Nord-Coréens qui sont repoussés vers leurs États-Esclavagistes. Les Américains paient même une amende de 3 000$ pour le délit de secours aux réfugiés sauvés en mer et amenés au rivage [9]. Aussi difficile qu'il soit de l'admettre, nous n'avons pas progressé depuis l'époque effroyable où les esclaves en fuite étaient capturés et renvoyés de force vers les maîtres de leurs plantations.

Sally Jane Driscoll, autre collaboratrice de l'Institut Ayn Rand, rapporte cette terrible histoire américaine :

« Le 24 Mai 1854, Anthony Burns, un jeune Noir travaillant dans un magasin de vêtements à Boston, était arrêté pour s'être enfui loin d'un propriétaire d'esclaves de Richmond, en Virginie. En vertu de l'Acte sur les Esclaves Fugitifs de 1850, les autorités des États Libres étaient contraints par le gouvernement fédéral d'aider à reprendre les esclaves en fuite et à les renvoyer à leur servitude. Les Nordistes qui refusaient de collaborer risquaient de lourdes amendes et la prison....

Cinquante mille Bostoniens étaient dans la rue pour regarder alors qu'on emmenait Burns au bateau qui le reconduisait en Virginie. Il était escorté par la police de Boston, la Milice du Massachusetts et les Marines. Les troupes avaient ordre de tirer si nécessaire sur la foule sans avertissement. Au long de la route vers le port, beaucoup de Bostoniens qui protestaient furent blessés par les soldats.

Le peuple de Boston défendit Anthony Burns avec raison, mais tous leurs raisonnements juridiques, leurs appels pleins d'émotion, et leurs actions désespérées étaient sans effet. Il n'avait échappé à l'esclavage que pour être vendu par le gouvernement fédéral, au mépris du principe des droits de l'individu, le principe même pour la défense duquel notre gouvernement avait été institué ».

http://www.aynrand.org/medialink/op-eds/burns.txt

Combien de gens actuellement se diraient encore abolitionnistes ? Combien se joindraient à des manifestations de masse ou à des filières de sauvetage comme l'« Underground Railroad » au profit d'immigrants qui s'enfuient d'États-Esclavagistes ? En fait, il ne se passe rien.

Mlle Driscoll nous a rappelé que, alors que l'Histoire défile devant nous, nous serons jugés un jour par nos descendants selon que nous avons ou non fait avancer la cause de la liberté ou bien que nous y avons fait obstacle.

Je souhaite dire dans les termes les plus forts, enhardi par le courage et la force d'âme des immigrants à travers le monde et à travers l'Histoire, que nous ne devrions pas être en train de discuter sur les raisons de maintenir des gens sous le joug de la tyrannie. Nous ne devrions pas être en train de planifier et justifier rationnellement la limitation de l'immigration. Le monde est rempli de gens très éloquents et très puissants qui remplissent cette tâche depuis longtemps.

Prenons plutôt le parti des abolitionnistes d'il y a cent cinquante ans, ceux qui luttèrent contre des obstacles apparemment insurmontables, la peur, les préjugés, les habitudes et la loi, pour défendre la liberté. C'est une attitude réaliste, humanitaire, et, par-dessus tout, éthique. Prenons notre part aujourd'hui à cet élan vers la liberté. Défendons les millions d'immigrants qui cherchent cette liberté tout comme nous le ferions si nous étions à leur place.

Notes:

[1] Ken Schoolland est Professeur Associé d'Économie et de Sciences Politiques de l'Université du Pacifique d'Hawaï. Il est membre du Conseil d'Administration de l'« International Society for Individual Liberty » (I.S.I.L.). Email : schoollak001@hawaii.rr.com.
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[2] Simon, Julian, Immigration: The Demographic and Economic Facts, The Cato Institute, Washington, D.C., 1995. Une autre source excellente est Population: The Ultimate Resource, publié par Barun Mitra, Président du Liberty Institute, New Delhi, 2000.
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[3] Moore, Stephen, Why Welfare Pays, Wall Street Journal, September 28, 1995
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[4] Center for Defense Information, America's Defense Monitor, Washington, D.C., Les données citées dans le texte de cet article étaient extraits de leur film, The Human Cost of America's Arms Sales, Nov. 8, 1998.
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[5] U.S. dealers dominating world arms market, Honolulu Advertiser, Apr. 17, 1994 and Arms sales boom, The Economist, Aug. 13, 1994.
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[6] Patches of Light: Special Report on Agricultural Trade, The Economist, June 9, 2001
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[7] On peut trouver une excellente présentation des différents arguments dans le « Journal of Libertarian Studies », 13/2 (Été 1998). Hans Hermann Hoppe présente sa thèse avec The Case for Free Trade and Restricted Immigration. L'essai de Walter Block, A Libertarian Case for Free Immigration, est la meilleure défense de l'immigration ouverte que j'ai jamais vue. Excellent également : Hornberger, Jacob G., Locking Out the Immigrant, The Case for Free Trade and Open Immigration, Future of Freedom Foundation, Fairfax, Virginia, 1995.
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[8] Le fragment de poème récité par Ken Schoolland, est la fin souvent reprise d'un poème d'Emma Lazarus, "The New Colossus", qui est gravé sur une plaque aux pieds de la Statue de la Liberté, à New York. Il est l'épitome dans la culture populaire américaine de l'idéal d'accueil et de bienvenue à tous les immigrants. Ceci est une des traductions du fragment cité, en rime mais sans rythme. [Note du Traducteur]
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[9] $24,000 cruise ship fine for rescuing 8 Cubans, Honolulu Advertiser, Oct. 22, 1993 et Piracy done with fines, Honolulu Advertiser, Nov. 6, 1993.
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Texte traduit de l'anglais par Gérard Dupuy relu par Diana Dupuy et François-René Rideau. Voir l'original en anglais sur Bastiat.net.

2001, L'odyssée de Bastiat -- Dax, France, 1-5 juillet 2001






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