Dernier carnet pour Georges Penning
Cher Georges,

C'est dimanche dernier que tu nous a eus pour la dernière fois. Sache que nous n'apprécions aucunément ton idée surprenante de nous quitter pour toujours. Ne plus jamais écrire, toi, le père de Nathalie et de ses carnets! Notons cependant, que cette mauvaise surprise est bien ta première. Une de celles qu'à ses amis, on ne fait qu'une fois. C'est peu, bien sûr, vis-à-vis de toutes ces bonnes que tu nous a faites depuis tant d'années.

Fines notes, carnets, boutades, vannes bien vannées, traits de génie, ta griffe était parfois si fine, qu'elle ressemblait à une caresse. Les ignares prenaieni tes carnets parfois pour de la hargne. C'étaient des paroles d'amour, subtiles, indispensables, nos petites bouffées de pureté hebdomadaires. Elles étaient limpides, pétillantes, écrites avec ce qu'il faut pour survivre: L'amour de la vie, des hommes, des lettres, de la verité et du bon vin. Tu les défendais si bien, d'une main de maître, avec la légèreté et la pureté de l'enfant que tu as eu la sagesse et l'art suprême de rester.

Par respect pour cette dignité, nous ne mettrons pas de croix derrière ton nom dans notre ours. Tout compte fait, nous y garderons tout simplement ton nom pour une semaine de plus, comme quelque chose de précieux. C'est un peu comme si tu continuais à nous écrire, en t'offrant juste une petite école buissonnière bien méritée. Comme pour te dire, tout doucement, sans que tu l'entendes, combien tu nous manques.

II en faudrait plus comme toi. Le monde serait plus doux, plus intelligent. Il porterait une petite barbe grise et une casquette de travailleur et serait respecté par ceux qui le connaissent. Il aurait plus de liberté et beaucoup de conscience et de bonté.

Et puis, cela nous retiendra de te faire canoniser. Imagine-toi, soldat perdu de la gauche, juste un instant en Sainte Nathalie, protectrice de l'enfance contre la calote.

Et puis, bof, en guise de dernière, au lieu de pleurer et pour te faire enrager, sans que tu puisses nous répondre: Que la terre te soit légère, que tes écrits restent après que tu te sois envolé. Merci et bonne nuit, (Saint) Georges! Tu rigoles? Pas nous. Cette fois, à titre exceptionnel et juste en ton honneur, nous sommes sérieux à en pleurer.

Tes amis du Neie Feierkrop



[Freideg, den 13. September 2002 am "Feierkrop" erschéngen]
[Ce merveilleux texte est reproduit ici avec l'aimable autorisation de l'hebdomadaire «Den Neie Feierkrop» où il a paru en date du 13 septembre.]

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