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02/27/2004 Archived Entry: "Immigration Grand-Ducale"
Immigration Grand-Ducale
Dans son discours de Noël, diffusé le 24 décembre 2003 sur RTL Télé Lëtzebuerg dans "Top Thema", le chef de l'Etat, S.A.R. le grand-duc Henri, a versé des larmes sur les quatre états les plus pauvres du monde qu'il a visités, seul ou avec sa femme, la grande-duchesse Maria Teresa, à savoir le Bangladesh, El Salvador, le Laos et le Nicaragua.
Je considère la compassion de LL.AA.RR., notamment pour les enfants de ces pays, comme absolument sincère, digne d'être mentionnée et digne d'éloge. Il y a cependant un mais: montrer du doigt ce qui somme toute n'est qu'un symptôme de scandales plus grands, ceux-ci passés entièrement sous silence, est certes un premier pas, mais ne mène pas fort loin.
Or, nous avons, toutes catastrophes naturelles mises à part, une collection exemplaire ici: une dictature communiste* (le Laos), une étrange démocratie avec des entreprises nationalisées** et un gouvernement aligné sur des partis islamiques, avec une surpopulation bien typique, une majorité de la population étant sans terre, de la corruption à tous les niveaux, une bureaucratie défendant massivement son propre intérêt au moyen de syndicats ad hoc, etc., etc. (le Bangladesh), et enfin deux pays dont l'un est le bleu de l'autre à presque tous les points de vue (quasiment jusqu'au drapeau!) pour avoir eu une guerre civile instiguée par des marxistes, qui mettent encore et toujours un peu la main à la pâte et occupent les esprits (le Salvador et le Nicaragua). Qu'un gouvernement étranger bien connu ait eu ses mains dans la même pâte avant, durant et après la guerre civile, n'arrange pas les choses; national ou étranger, c'est toujours un sinistre gouvernement! Tout cela est sans très grand espoir, à moins de s'inspirer d'un modèle comme celui de Limón Real au Costa Rica.
Le Grand-Duc plaide pour la continuation et l'intensification de l'aide luxembourgeoise au développement, amorçée il y a dix ans, somme toute pour un vol à main armée du contribuable luxembourgeois et un butin jeté dans les gueules de gouvernements véreux et incapables.
On sait ce que cela a donné, depuis bien plus longtemps que ces dix ans, dans les pays africains notamment. Bien plus utile est l'aide privée, non financée par les impôts, adressée directement à la population de ces pays et non à leurs chefs. Il y a suffisamment de beaux exemples. Que ce soient des mesures comme celles du banquier Yunus et sa Grameen Bank au Bangladesh ou les nombreuses autres initiatives non-gouvernementales (que le Grand-Duc inclut pourtant dans ses considérations, en disant que cette aide au développement par le gouvernement doit englober une aide active par les ONG). Mais même cela n'est qu'un palliatif. Il y a les structures légales et politiques de ces pays qui doivent changer pour atteindre au moins le minimum encore fort minable (à mes yeux, vu toutes les possibilités que je connais) de ce qui a été atteint au Luxembourg et dans les états comparables.
Le Grand-Duc rappelle la grande émigration du Luxembourg au 19e siècle (dont je ne trouve trace dans mon manuel d'histoire nationale utilisé à l'époque dans mon Athénée Grand-Ducal), personnellement j'ai plutôt connaissance d'une telle émigration au début du 20e siècle. Il voit clairement les motifs existentiels et légitimes de ceux qui quittent leur patrie, parce qu'ils ne voient plus d'avenir pour eux-mêmes chez eux. Ne doit-on pas avoir la même compréhension pour ceux qui choisissent (le plus souvent une nécessité plutôt qu'un choix) de quitter leur pays maintenant que pour nous-mêmes alors, semble-t-il vouloir dire. Hélas, il y a une analogie, mais en sens inverse, avec ce que "subit" le Luxembourg ces jours-ci. A l'opposé de la première grande immigration, surtout italienne, qui nous avait tellement aidés économiquement [et, qui plus est, encore aujourd'hui parsème le territoire de pas mal de jolies frimousses! ;-)], l'actuelle et future est de moins en moins la bienvenue, semble-t-il, la sidérurgie "n'étant plus" ainsi que mainte autre industrie ayant besoin de main-d'oeuvre de qualification modeste. Bien que le Grand-Duc rassure (la partie française de son discours) les étrangers qui sont là, en disant combien nous sommes heureux de les avoir parmi nous.
Mais, toute compassion sincère mise à part, l'idée est finalement de contrecarrer au moyen de l'aide au développment une immigration qui nous paraît excessive***, d'autant plus que cela semble ne plus être nous-mêmes qui choisissons qui va venir. Il s'agit donc de notre intérêt personnel. Mais est-il bien compris? Je crois que non. Pensez donc à tout ce que des frontières étanches nous auraient fait perdre!
La Grande-Duchesse elle-même n'est-elle pas d'origine cubaine? Une femme sympathique, riche et excellente cuisinière en plus en moins, voilà ce que le Luxembourg aurait eu à déplorer. Et nous aurions été privés du Grand-Duc lui-même, arrière-arrière-petit-fils d'un immigrant allemand âgé de 73 ans en 1889, ayant perdu son job et ses terres grâce à ce Bismarck, autre grand responsable de ce genre d'erreurs économiques et politiques (dont il n'a pas souffert lui-même, ni ses descendants jusqu'a ce jour; je vis devant leur porte pour le savoir...) dont nous devrions nous plaindre dans les quatre états mentionnés.
A la une partout ces jours-ci le "problème" de l'immigration. Pour ne pas tomber dans le panneau de théories malfaisantes dont nous regrettons les disgracieux symptômes sans voir les vraies causes dissimulées dans les brumes distribuées par les média ordinaires, lisez donc ce que j'ai à offrir sur ce sujet sur mes sites.
Comme hors d'oeuvre, pour vous mettre sur la bonne longueur d'ondes, le manifeste suivant:
Ensuite le plat de résistance:
Et sans immigration le soussigné n'existerait pas (ce qui réjouirait certains), car mon arrière-grand-père avait littéralement fui l'Allemagne pour venir s'établir au Luxembourg.
* après six siècles de monarchie!
** un héritage bien britannique d'une époque révolue!
***comment se fait-il que cette aide au développement destinée à freiner l'immigration me rappelle sournoisement une histoire que je cite ici (en anglais)?